9 JUILLET - La Turquie et le nouveau monde méditerannéen : conférence avec M. L'ambassadeur Hakki AKIL

Chers amis,

À l'initiative de Marie-Christine Armaignac, Haut-fonctionnaire à Bercy, le CHEDE organise une matinée d'échange avec son Excellence M. L'ambassadeur de Turquie de 9h à 11h au Cercle des Directeurs, Bâtiment Colbert, 7ème étage, au Ministère de l'Économie et des Finances, 139 rue de Bercy, Paris XIIème. Pensez à vous munir d'une pièce d'identité !

Les inscriptions sont toujours ouvertes sur le lien cliquable ci-contre.

Les récentes évolutions du pays prêtent en effet à une mise à jour et nécessitent quelque éléments de perspective avant la tenue de cette conférence de premier choix.

Début juin ont eu lieu des élections législatives en Turquie. Le parti de la justice et du développement, AKP, formation islamo-conservatrice actuellement à la tête du pays, a remporté 40.7% des suffrages, soit 258 députés sur 550. Bien qu’il reste le premier parti politique du pays, c’est la première fois depuis 2002 qu’il n’obtient pas la majorité absolue au Parlement. Alors que le chef de l’Etat Recep Erdogan espérait pouvoir modifier la Constitution pour renforcer son pouvoir, il va être contraint à former un gouvernement de coalition dans le délai constitutionnel de 45 jours, faute de quoi le chef de l’Etat peut dissoudre l’assemblée et appeler à nouveau les électeurs aux urnes.

La formation pro-kurde du jeune leader Selahattin Demirtas, le Parti démocratique des peuples (HDP), a remporté 80 sièges, soit 13% des suffrages. C’est une percée remarquable grâce à laquelle le Parti démocratique des peuples fait son entrée au Parlement turc. La question kurde a ainsi participé à la redistribution du paysage électoral. La victoire du HDP souligne également l’entrée des femmes au Parlement turc : le parti comptera 31 femmes sur les bancs du Parlement.

De leur côté, les ultranationalistes du MHP obtiennent deux millions de votes de plus qu’il y a quatre ans et représentent 16.3% des voix. La Turquie entre dans une phase d’incertitude politique, puisque ni le MHP, ni le HDP, ni le CHP, parti social-démocrate et deuxième force politique du pays, ne se disent favorables à une alliance avec les islamo-conservateurs. Sur le plan géopolitique, le pays se trouve dans une position délicate, proche de l’Ukraine et voisine de la Syrie. Le conflit syrien provoque des déplacements de populations immenses, la Turquie comptant plus de deux millions de réfugiés. Le contexte économique tendu aggrave ces événements.

L’économie turque ne connaît plus l’embellie des années 2000. L’inflation, les déficits publics élevés, le chômage, le déséquilibre de la balance commerciale, pèsent lourdement sur les Turcs. Le revers essuyé par le parti d’Erdogan a vivement ébranlé la Bourse d’Istanbul qui a chuté de 8% à l’ouverture lundi 8 juin. Le Président turc, élu en aout 2014, est accusé par les électeurs, d’autoritarisme exacerbé, de mégalomanie, et d’instrumentalisation de la religion. S’il a contribué à redresser le pays depuis son accession au poste de Premier Ministre en 2003, le Président actuel a polarisé davantage une société turque déjà profondément divisée entre religieux et laïcs, sunnites et alevis, Turcs et Kurdes. D’autant que le pays a aujourd’hui perdu une grande partie de son influence régionale. Selon Dorothée Schmid, spécialiste de la Turquie contemporaine, l’ère Erdogan est marquée par un recul de la culture égalitaire entre hommes et femmes, « ne représentant pas une question de législation mais de culture sociale ».

Cela risque de renforcer l’éloignement des perspectives européennes du pays, d’autant que l’Etat turc refuse toujours de qualifier de « génocide » le génocide perpétré contre les Arméniens, dont le centenaire a été célébré le 24 avril dernier... Brève issue du site de France Culture, émission du 14 juin 2015 préparée par P. Meyer et ses équipes.

Venez nombreux pour cet événement de très haut niveau !